À propos des cancers digestifs
Les cancers digestifs concernent l’œsophage, l’estomac, le foie et les voix biliaire, le pancréas, l’intestin grêle, le côlon et le rectum. Ils représentent 25% des cas de cancers en France, avec environ 60 000 nouveaux cas tous les ans.
Il y a chaque année, en France, plus de 37 000 nouveaux cas de cancer colorectal. Statistiquement la France figure parmi les pays où ce cancer est le plus répandu. C’est le deuxième cancer chez l’homme, après celui de la prostate (un peu plus de 60 000 cas par an) et le second chez la femme, après celui du sein (environ 42 000 cas par an).
Généralités sur le cancer colorectal

Le côlon est la partie du tube digestif qui suit l’intestin grêle. Il s’appelle aussi le gros intestin et se divise en trois parties.
La première est le côlon droit, qui débute avec le cæcum auquel est accolé l’appendice, continue par le côlon ascendant et se termine à l’angle droit, sous le foie.
La seconde partie du côlon est le côlon transverse qui s’étend de l’angle droit à l’angle gauche ; il est voisin de l’estomac.
La troisième partie est le côlon gauche, qui commence à l’angle gauche, continue par le côlon descendant et se termine par le côlon sigmoïde qui se situe autour et en arrière de la vessie.
Le siège le plus fréquent du cancer est le côlon gauche, particulièrement la charnière rectosigmoïdienne, puis le rectum, mais toutes les parties du côlon peuvent être atteintes.
Le point commun entre le côlon et le rectum est la muqueuse intestinale, paroi tapissant l’intérieur de l’intestin, formée de villosités recouvertes de cellules superficielles (l’épithélium).
Cette muqueuse peut, sous l’influence de mutations, se transformer progressivement en tissu cancéreux. Il s’agit d’abord de polypes dits adénomateux qui sont des tumeurs bénignes résultant de la prolifération régulière d’un épithélium glandulaire normal pouvant être soit arrondis, réguliers et en relief dans le côlon (polypes pédiculés), ou sous forme plane, simples élévations non-ulcérées (polypes sessiles).
Puis, dans un second temps, il s’agit de cancers encore appelés adénocarcinomes lieberkühnien (le terme carcinome désignant un cancer se développant aux dépens de l’épithélium).
Quels sont les principaux facteurs de risque ?
Si le cancer du côlon atteint en majorité des personnes âgées d’environ 70 ans, certains facteurs de risque exposent au cancer avant cet âge, essentiellement les facteurs héréditaires et les polypes adénomateux.
Il est démontré que le risque de cancer colorectal augmente dans la famille d’un patient atteint de ce cancer. Il est encore plus important lorsque deux parents du premier degré sont atteints (parents, frères ou sœurs) et surtout lorsque le cancer est survenu avant l’âge de 50 ans.
De même, le risque augmente avec la présence de polypes adénomateux. Les polypes sont des tumeurs bénignes. Ils peuvent être de différente nature. Les polypes dits hyperplasiques qui sont de petite taille ne se transforment pas en cancer. À l’inverse, les polypes adénomateux ont un risque de transformation maligne. Le risque est proportionnel à leur taille : faible en dessous d’un centimètre, de l’ordre de 30 % au-delà de deux centimètres. 10 % des polypes découverts dépassent un centimètre. Le délai moyen entre l’apparition d’un polype et sa cancérisation est de 9 ans. Il s’avère donc logique et utile de les faire enlever. Lorsqu’ils ne sont pas trop gros, l’ablation des polypes est réalisable dans la majorité des cas lors de la coloscopie.
D’autres facteurs augmentent les risques comme les régimes alimentaires riches en protéines ou en graisse, la sédentarité (absence d’exercice physique) et le surpoids.
A l’inverse, il existe quelques facteurs protecteurs comme les fibres alimentaires et les vitamines, en particulier A, C, D, et E.
Quels sont les principaux les symptômes?
Dans 10 à 20 % des cas, les cancers colorectaux sont révélés par la découverte de métastases à distance, en particulier au niveau du foie. Cependant, dans la majorité des cas, ils sont découverts par des symptômes liés à la présence d’une tumeur du côlon ou du rectum.
En dehors d’une perte de poids et d’une fatigue générale, les symptômes les plus fréquents des tumeurs primitives sont les troubles du transit (constipation, diarrhées, etc.). Vu leur fréquence et leur banalité, ils ne sont pas spécifiques. C’est donc un changement du transit habituel qui doit alerter. Un vieil adage garde toute sa valeur : « Tout trouble du transit récent passé la cinquantaine doit être exploré. » Tendance à la diarrhée ou à la constipation, alternance des deux, ballonnement inexpliqué sont des signes qui doivent faire consulter à cet âge.
Les saignements digestifs sont assez souvent révélateurs ; ils doivent inquiéter et inciter à consulter. Il s’agit de sang rouge quand le saignement est abondant ou survient dans la partie basse de l’intestin ou de sang plus noir lorsqu’il provient de la partie haute de l’intestin. Ces saignements sont souvent mêlés aux selles. L’erreur serait de les attribuer à une cause banale, comme les hémorroïdes, et de ne pas faire réaliser une coloscopie indispensable. Un saignement chronique non visible peut par ailleurs provoquer une baisse des globules rouges, appelée anémie. La découverte d’une anémie, à l’occasion d’une prise de sang réalisée pour une quelconque raison, peut aussi être révélatrice d’un cancer qui doit être exploré par endoscopie en l’absence de cause évidente.
Les douleurs abdominales qui font le tour du ventre (coliques) constituent aussi une alerte et doivent pousser à consulter. Une région de l’abdomen peut parfois être plus sensible. Ces troubles du transit sont parfois accompagnés d’un ballonnement, appelé météorisme, de gaz ou de gargouillements.
Des douleurs violentes et une envie d’aller à la selle permanente, appelé ténesme, ainsi que des émissions de glaire ou de sang, exacerbées ou provoquées par le passage des selles, traduisent un « syndrome rectal » souvent causé par le cancer du rectum surtout lorsqu’il atteint sa partie basse.
À l’opposé, le cancer du côlon droit ou le cancer du cæcum, peuvent être longtemps sans aucun signe apparent et se révéler par une masse (grosseur) au niveau de la partie droite de l’abdomen, une anémie, des douleurs, de la fièvre qui peuvent faire penser à une appendicite.
Quels sont les différents moyens de diagnostic?
Le diagnostic de certitude, indispensable, repose sur la mise en évidence de cellules tumorales à l’examen anatomopathologique. C’est dire l’importance de la coloscopie qui non seulement visualise le cancer, mais en plus permet un prélèvement de la tumeur. Ce prélèvement est appelé biopsie.
La coloscopie est un examen, pratiqué par le gastro-entérologue, qui explore la totalité du côlon et du rectum à l’aide d’un appareil souple constitué de fibres optiques et d’instruments permettant des prélèvements et même l’exérèse (ou l’ablation) de polypes. Cet examen est le plus souvent fait sous anesthésie légère, ce qui le rend indolore. Par contre, il nécessite une consultation d’anesthésie auprès d’un anesthésiste, une prise de sang pour vérifier la coagulation sanguine et surtout une préparation de l’intestin qui n’est pas toujours très agréable. En effet, cette préparation consiste à purger l’intestin par l’absorption d’une grande quantité de liquide laxatif. Une bonne préparation est indispensable, il faut la faire consciencieusement. La coloscopie ne nécessite pas d’hospitalisation, elle dure en moyenne une demi-heure et, après quelques heures de surveillance, il est possible de rentrer chez soi. Il faut se faire accompagner si l’examen est réalisé sous anesthésie générale.
Parfois il n’y a pas d’autre moyen de faire le diagnostic en dehors d’une opération. Et celle-ci peut être nécessaire si le cancer est à l’origine de complications survenant avant que la coloscopie n’ait pu être réalisée.
La coloscopie virtuelle par scanner, qui évite d’introduire un instrument dans l’intestin, est encore en évaluation. Elle permet de visualiser un cancer ou un polype, mais ne permet pas de prélèvement. Elle nécessite souvent la préparation de l’intestin. Par contre, elle évite les exceptionnelles complications de la coloscopie comme la perforation intestinale qui survient surtout sur les côlons fragilisés par l’inflammation du côlon (ou colite) ou les diverticules (petites cavités en cul-de-sac communiquant avec l’intérieur de l’intestin)- et l’anesthésie générale.
Le lavement aux produits de contraste, lavement opacifiant l’intérieur de l’intestin et permettant ainsi de visualiser la muqueuse intestinale à la radiographie, est un examen moins performant que la coloscopie virtuelle car il ne permet pas de dépister les petites anomalies. Cela dit, il peut être utile en cas d’occlusion, combiné le plus souvent avec un scanner.
Les marqueurs tumoraux sanguins qui sont des substances présentes dans le sang susceptibles de témoigner de l’existence de certains cancers (en particulier l’antigène carcinoembryonnaire ou ACE) n’ont pas d’intérêt diagnostique. Ils sont d’ailleurs le plus souvent normaux lorsque le cancer n’est pas métastasé.
Comment est pris en charge le cancer colorectal?
La prise en charge d’un cancer du côlon et du rectum nécessite l’intervention de plusieurs médecins. En général, le médecin généraliste est le premier consulté lors de l’apparition des premiers symptômes. Le deuxième intervenant est le gastro-entérologue pratiquant la coloscopie permettant de poser le diagnostic. Le radiologue, l’anatomopathologiste, le biologiste réalisent les examens du bilan d’extension. Ensuite, c’est le chirurgien qui intervient. Puis, en dernier lieu, ce sont les cancérologues, soit pour la radiothérapie (radiothérapeute), soit pour la chimiothérapie (oncologue ou gastro-entérologue spécialisé en cancérologie digestive). La prise en charge suppose aussi l’intervention de nombreux autres acteurs (infirmières, aides soignantes, psychologues, diététiciennes, etc.).
Afin d’en savoir plus sur la prise en charge du cancer colorectal, nous vous invitons à consulter le guide Le cancer colorectal en questions .

